Mystérieuse Gagaouzie !

17 mai 2008

L'eau courante, l'Absente des campagnes.

Gagaouzie… Depuis le temps que ce nom à l’étrange sonorité me donne des fourmis dans les jambes et m’incite à décaler c’est fait, j’y suis. Tout justifie ma présence ici, en « Gagauz-Yeri », comme le proclament les lettres massives qui accueillent le visiteur empruntant la route Chisinau – Komrat. Tout d’abord, le fait qu’une grosse poignée d’individus fassent des pieds et des mains pour bénéficier d’un statut d’autonomie dans un pays comme la Moldavie, lui-même, modeste confetti au regard de ces voisins. Ensuite… qu’ils obtiennent cette autonomie ! Enfin, le fait qu’ils parviennent à perpétuer, contre le vent et la marée de l’uniformisation culturelle, une langue, un esprit et une volonté de se démarquer. Loin d’être une blague, l’histoire des Gagaouzes mérite que l’on feuillette ses pages…
… sans oublier le PORTFOLIO moldave

Extrait

Il était une fois… Les Gök Oğuz, un peuple descendant des antiques Oghouzes turcophones. Ils vivaient dans les steppes de l’Altaï où la Sibérie russe se confond avec les immensités mongoles et kazakhs. Où la société accorde toute sa confiance au chamane pour qu’il amadoue les esprits de la nature et facilite la chasse ou accorde la santé. L’Altaï incarne le chamanisme au point que l‘étymologie du terme « shaman » vient d’une langue altaïque (sha, celui qui s’agite en remuant les membres postérieurs). Du chamanisme, ce peuple Gök Oğuz, tirait une forte confiance en son destin, une attitude pragmatique face aux aléas de la vie et une adaptation quasi surnaturelle aux situations nouvelles. Se sentir lié harmonieusement aux esprits de la nature fait, sans doute, pousser des ailes. Des ailes d’autant plus protectrices qu’elles sont défendues par le loup, l’animal mythique des Gök Oğuz. La tradition raconte que dans les temps anciens tous les Gök Oğuz moururent sauf Un. Celui-ci, fut élevé par des loups, qui sont toujours vénérés aujourd’hui, au point de figurer sur le drapeau de la petite république autonome de Gagaouzie. Des ailes qui se déploient dans le ciel qui compose leur nom : Gök Oğuz – Oghouzes bleus. Parés de telles racines, les Gök Oğuz ne sont pas un peuple à se satisfaire de l’indifférence ou de l’oubli. Le ciel, le loup et le cheval de leurs steppes d’antan ne sont pas des valeurs à galvauder. Sans surestimer le rôle de celles-ci, gageons qu’elles contribuent largement à expliquer l’histoire contemporaine des Gök Oğuz, basée sur l’affirmation des valeurs traditionnelles et un grand sens de l’adaptation.

Migration géographique et spirituelle
Les vents et les mystères du moyen-âge ont poussé les Gök Oğuz loin de leur berceau d’Asie Centrale vers la vallée de la Dobrudža* et la Mer Noire. Ils s’implantèrent là au 13ème siècle, sans que leur présence ne soit particulièrement relevée par les chroniqueurs ou poètes bulgares, russes ou ottomans. Les siècles passés en terre chrétienne ont mis à mal le chamanisme des Gök Oğuz. Peu à peu converti à la chrétienté, version orthodoxe, ils deviennent les premiers turcophones non musulmans. Passer d’un lien chamanique avec le Dieu Ciel à l’adoration du Dieu des chrétiens n’a semble-t-il pas posé trop de problème de conscience. Cette conversion, lente et pacifique, ouvrit au peuple des steppes les pages des livres de l’Histoire moderne occidentale du 19ème siècle. En remerciement de l’assimilation sociale et religieuse, le Tsar de Russie offrit aux Gök Oğuz des terres arables riches et étendues, au coeur de la Bessarabie nouvellement annexée par l’Empire. Les Tatars musulmans, jusqu’alors maîtres de ces lieux, firent les frais de ce généreux cadeau envers les Gök Oğuz et furent expédiés en Crimée, sans ménagement. Depuis cette période, les Gök Oğuz dont le nom s’est peu à peu mué en Gagaouze, essaiment des familles et des clans minoritaires en Ukraine ou en Bulgarie et majoritaires en Moldavie. Une Moldavie changeante. Tsariste, soviétique, roumaine, voir même indépendante, au gré des révolutions et des conflits qui souvent la dépassent. Ce bégaiement de l’Histoire qui frappe la Moldavie affectèrent naturellement les Gagaouzes qui furent ballottés parfois martyrisés par la nouvelle autorité politique. Les ethnies minoritaires payent souvent au prix fort les chamboulements passagers et hésitants de leur patrie d’adoption.

Une russophilie sincère
Les Gagaouzes vouent une reconnaissance explicite à la Russie du passé, qu’elle soit tsariste ou soviétique. Le don des terres de Bessarabie fut le point de départ de cette histoire d’amour. Hormis une brève tentative de prise d’indépendance en 1906… qui dura deux semaines, et un début d’exode de quelques familles vers un Brésil prometteur en 1925, rarement les Gagaouzes eurent à se plaindre de la Russie. Pendant la deuxième guerre mondiale, ils penchèrent plus du coté russe que du coté roumain ce qui leur donna quelques avantages diplomatiques et politiques dès les armées nazies battues. La politique soviétique fut plutôt favorable aux minorités ethniques ce qui installa les Gagaouzes dans un certain confort intellectuel et culturel. L’exemple de la langue gagaouze apparaît à cet égard symbolique du respect des uns envers les autres. Jusqu‘à l’après-guerre les Gagaouzes ne disposaient pas de langue écrite, faute d’alphabet. Le Gagaouze oral est une sorte de patois turc, compréhensible en Anatolie mais fort peu à Istanbul ou à Izmir. Conscient de la difficulté pour un peuple de ne pas s’appuyer sur une langue écrite, vecteur culturel et historique, le Ministère soviétique en charge des Ethnies, envoya des étudiants moscovites établir un alphabet gagaouze, toujours vivant et usité aujourd’hui. Bien que la langue russe fut toujours considérée comme langue de développement au sein de l’URSS, les Gagaouzes n’oublient pas ce cadeau soviétique fait à leur identité propre.

Au cœur de l’histoire européenne ?
Eloignons-nous un instant de Komrat et du peuple gagaouze, pour mieux y revenir et en comprendre l’histoire contemporaine. Souvenons-nous qu’au début des années 90, la partie orientale de la Moldavie est en surchauffe. Les Russophones peuplant les terres au-delà du Dniestr ne voient guère leur intérêt à rester des « Moldaves de Moldavie ». Conscients d’avoir en main l’atout industriel et économique du pays, ils ne veulent plus servir de locomotive au « moldaves roumains paysans » . Les Transnistriens décidèrent alors, par des moyens quelque peu énergiques, de se séparer de Chisinau. En 1991, l’armée russe en poste à Tiraspol, apporte son soutien aux sécessionnistes. Des check-point, des chars, des kalachnikovs et des uniformes font basculer l’histoire. En moins de temps qu’il ne faille pour le dire, la Transnistrie se retrouve autonome et pourvue d’une capitale : Tiraspol. Fin du premier acte.

Changement de décor… A son tour l’ex-Yougoslavie est prise d’une bouffée de chaleur. Une guerre qui refuse de dire son nom mijote au cœur de l’Europe. La Transnistrie peu avare en armes organise, dans une clandestinité relative, un approvisionnement en matériel de guerre en direction des frères orthodoxes et plus ou moins pro-russes. Fin du deuxième acte.
Troisième acte… le retour des Gagaouzes ! Dans ce contexte bouillant et nationaliste, les Gagaouzes sentent qu’ils auraient torts de ne pas se mêler au jeu. Les convois explosifs entre la Transnistrie et l’ex-Yougoslavie passent par les alentours de Komrat. Quelques caisses tombent malencontreusement des camions… Pacifiques et peu enclins à se révolter violemment les Gagaouzes montrent les dents et froncent les sourcils. Ils détiennent quelques armes, organisent des barrages, s’isolent et créent un électro-choc diplomatique. Ils profitent du contexte géopolitique tendu pour affirmer leur volonté de ne pas être « roumanisés » totalement. Chisinau, déjà empêtrée dans l’affaire transnistrienne cherche une issue rapide, sans effusion de sang. En douceur, les Gagaouzes gagnent rapidement leur autonomie. En 3 ou 4 ans, un système politique et juridique est instauré. L’Unité Territoriale Autonome de Gagaouzie se met en place sans tambour ni trompette. Fin du troisième acte.
Depuis lors les 150 000 Gagaouzes sont citoyens moldaves, jouissent des même droits et sont soumis aux même devoirs. Mais le Bashkan* et son parlement, élus par le peuple gagaouzes, sont dotés d’une autonomie concernant le budget, l’éducation, la culture ou le sport. La Police et la diplomatie restent sous l’autorité de Chisinau. De là à affirmer que les relations moldavo-gagaouzes sont limpides et d’une couleur azurée, il est un pas à ne pas franchir !

Paysage gagaouze...

Paysage gagaouze... ::

Eglise de Congaz.

Eglise de Congaz. ::

Jour des défunts, cimetière de Besalma.

Jour des défunts, cimetière de Besalma. ::

Jour des défunts. Besalma.

Jour des défunts. Besalma. ::

L'eau courante, l'Absente des campagnes.

L'eau courante, l'Absente des campagnes. ::

Jour des défunts. Caedar-Lunga.

Jour des défunts. Caedar-Lunga. ::

Eglise orthodoxe à Comrat.

Eglise orthodoxe à Comrat. ::

Eglise orthodoxe de Comrat.

Eglise orthodoxe de Comrat. ::

Troupeau à Comrat.

Troupeau à Comrat. ::

Drapeau moldave et gagaouze sur batiments administratifs.

Drapeau moldave et gagaouze sur batiments administratifs. ::

Moulin sur les collines de Besalma.

Moulin sur les collines de Besalma. ::

Au coeur de la Gagaouzie.

Au coeur de la Gagaouzie. ::

Formulaires à remplir... en 3 langues !

Formulaires à remplir... en 3 langues ! ::

Sur le marché de Komrat.

Sur le marché de Komrat. ::

Sur le marché de Komrat.

Sur le marché de Komrat. ::

Commémoration famine. Besalma.

Commémoration famine. Besalma. ::

Jeune pousse gagaouze.

Jeune pousse gagaouze. ::

Jour de Toussaint orthodoxe.

Jour de Toussaint orthodoxe. ::

Jour de Toussaint orthodoxe à Besalma.

Jour de Toussaint orthodoxe à Besalma. ::